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#dysturb, entre street art et militantisme

Photographe de presse est, selon moi, un métier réellement héroïque. Ces femmes et ces hommes sont les témoins de tous les événements décisifs de notre époque et couvrent l’actualité au plus près des conflits. Fidèles au précepte de Robert Capa « Si ta photo n’est pas assez bonne, c’est que tu n’étais pas assez près », ils risquent leurs vies pour témoigner et dénoncer les atrocités, la misère, l’injustice….. On a tous en tête ces images chocs qui font l’information comme celle de cet étudiant barrant la route aux chars sur la place de Tian’anmen. Mais les photo reporters sont aussi de vrais artistes et si vous en doutez, allez voir, au moins une fois, les expos de « Visa Pour l’Image » à Perpignan.

#disturb. Lyon. © Eric Le Roux-68 Arts Prod.

#disturb. Lyon. © Eric Le Roux-68 Arts Prod.

Désormais l’actu se fait dans la rue

Mais voilà notre société est saturée d’images. Les réseaux sociaux relaient les événements en temps réel et tout le monde s’improvise journaliste ou photographe en postant des photos, ou mieux des vidéos : prises d’otages, inondations, faits divers impliquant des peoples … rien n’échappe à Twitter, Facebook, Instagram etc. L’impact des reportages dans la presse est de plus en plus faible; même dans Paris Match, « le choc des photos » n’a plus lieu.

Visa pour l'Image Perpignan. 2014. © #disturb.

Visa pour l’Image Perpignan. 2014. © #disturb.

Le collectif #dysturb affiche ses photoreportages en grand format sur les murs

Pierre Terdjman et Benjamin Girette, photo reporters, ont donc décidé de réagir en créant le collectif #disturb. Leur mission : rendre l’information librement accessible par l’occupation des espaces urbains. Réveiller les consciences en affichant leurs photos de presse à grande échelle sur les murs puis en les diffusant sur les réseaux sociaux ; notamment sur Instagram, sous le hastag #dysturb. « Dans les années 70, les artistes se servaient de la rue pour dénoncer la guerre au Vietnam. J’ai voulu faire pareil. » Déclare Pierre Tedjman.

#disturb. Lyon. © Eric Le Roux-68 Arts Prod.

#disturb. Lyon. © Eric Le Roux-68 Arts Prod.

#disturb. Lyon. © Eric Le Roux-68 Arts Prod.

#disturb. Lyon. © Eric Le Roux-68 Arts Prod.

En mars 2014, le collectif fait un premier essai réussi à Paris. Le mouvement s’amplifie : une dizaine de confrères rejoignent le « commando ». Ils affichent à Lyon, au War Festival de Sarajevo (juillet), à Perpignan pendant Visa pour l’Image (septembre) et à Bayeux lors des Rencontres des Correspondants de Guerre (octobre). Les causes oubliées et les photo reporters retrouvent de la visibilité dans la rue. Finalement la démarche de #dysturb est la déclinaison naturelle de la photo sur les réseaux, car « le plus grand réseau social, c’est la rue ». Le collectif #dysturb frappe fort et vise loin : bientôt New York ?

Photo principale © Capucine Bailly/#dysturb. A Sarajevo, lors du premier festival WARM, Pierre Terdjman [en haut, au centre], Rafael Yaghobzadeh [en bas, à gauche] et Benjamin Girette [en bas, à droite). Collage de la photographie d’une femme soldat pendant les funérailles d’un de ses frères d’armes en Centrafrique. Une photo signée Camille Lepage qui a été tuée le 11 mai 2014.