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Les gratte-ciels en bois prennent de la hauteur

De plus en plus, le bois s’impose comme la solution durable face à l’urbanisation accélérée poussée par la croissance démographique. Ce retour aux sources s’explique par en grande partie par les dernières évolutions technologiques qui permettent aux constructions en bois de prendre de l’altitude. Les gratte-ciels (ou IGH Immeubles de Grande Hauteur) en bois  poussent partout dans le monde : en Norvège, au Canada, en Autriche comme en France. On vous explique pourquoi.

Le bois un matériau d’avenir pour les futurs gratte-ciels

Ecologique et durable, réduisant l’impact carbone, le bois rivalise désormais avec le béton armé au niveau de la solidité grâce au développement d’un matériau novateur : le bois lamellé croisé (ou Cross Laminated Timber – CLT). Composés d’un assemblage de plusieurs lames de bois croisées et collées les unes aux autres, les panneaux de CLT peuvent atteindre 3 m de large et jusqu’à 16 m de long. Leur capacité de résistance et leur portance permet de réaliser des constructions dépassant les 15 étages (limite théorique pour un immeuble intégralement en bois). A noter que le CLT a été inventé par un français Pierre Gauthier en 1947 mais qu’il avait été supplanté par le béton armé et l’acier, symboles de modernisme à l’époque. Au-delà de sa résistance le bois s’impose comme le matériau d’avenir. Contrairement aux idées reçues il présente une meilleure résistance au feu ou aux séismes que l’acier et le béton. Parmi ses autres avantages, le bois allie performances énergétiques, acoustiques, environnementales et un fort potentiel esthétique. Bref le bois a tout bon et c’est tout beau !

Tour du monde des gratte-ciels en bois

Dans une France encore très attachée au béton, la construction bois reste encore anecdotique contrairement à nos voisins scandinaves ou aux américains et japonais. A noter quand même 3 projets français très ambitieux qui devraient bientôt sortir de terre.

Le projet Silva à Bordeaux

Ce projet, prévu pour 2019, est composé de 3 ensembles sur 17 700 m2 répartis entre logements certifiés HQE, bureaux labellisés Breeam « Very good » et commerces. La tour imaginée par Art & Build & Studio Bellecour (architectes) compte plus de 80% de bois, développe 18 étages sur 50 mètres de haut et affiche une structure primaire à colombages géants. L’ensemble de l’îlot entre dans cette démarche constructive innovante : 2/3 du programme accompagnant la tour mettent en œuvre des techniques incluant 56% de bois et privilégient la filière sèche là où elle est pertinente dans un équilibre raisonné du projet.

gratte-ciels en bois Hyperion et Silva à Bordeaux

A gauche : tour Hyperion © Jean-Paul Viguier & Associés. A droite : Projet Silva © Art & Buid – Studio Bellecour

Hypérion à Bordeaux

Ce gratte-ciel de 18 étages (57 m de haut) devrait être livré en 2020. La construction se compose aux 2/3 de bois français – pin des Landes et épicéa du Limousin – et d’1/3 tiers de béton. Cet édifice abritera 82 appartements pensés comme des maisons assemblées autour d’une rue verticale. Sur le plan environnemental, Hypérion inaugure une nouvelle génération de bâtiment à très basse empreinte carbone : la tour pourra stocker l’équivalent de 1.000 tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions de carbone générées en moyenne par les consommations énergétiques d’un tel immeuble pendant plus de neuf ans.

La tour Wilmotte de Nice

A Nice, l’architecte Jean-Michel Wilmotte travaille depuis 5 ans sur une tour mixant aussi bois et béton. Basée à proximité de l’éco quartier Allianz Riviera, d’une hauteur de 115 mètres pour 35 étages, le bâtiment estampillé « bas carbone » devrait abriter un hôtel, des bureaux et des logements.

 

gratte ciel en bois : projet de Wilmotte à Nice

La tour signal à Nice. Photo © Wilmotte & Associés

La tour Vasterbroplan de Stockholm

Prévu pour 2023, cet immeuble de 34 étages a été imaginé par le cabinet d’architectes danois C.F Moller, l’un des plus anciens et des plus importants de Scandinavie. Dans ce projet, le bois sera prédominant alors que l’acier et le béton seront utilisés avec modération comme par exemple, pour réaliser la cage d’ascenseur et les poutrelles. Dans un esprit d’optimisation énergétique, des panneaux solaires couvriront le toit de l’immeuble pour le fournir en énergie.

gratte-ciel en bois Vasterbroplan de Stockholm

La tour Vasterbroplan de Stockholm. Photo © cabinet d’architecture C.F Moller

Aux USA « sky is the limit »

Les Etats-Unis, précurseurs dans la construction d’immeubles de grande hauteur ne sont pas en reste dans l’étude de projets de gratte-ciels en bois. La société Skidmore Owings & Merrill établie à Chicago, spécialiste des immeubles en acier et béton (à l’origine du nouveau One World Trade Center à Manhattan) planche sur un projet de tour d’habitation de 42 étages comportant 70 % de bois aggloméré et 30 % de béton armé. Les architectes ont dévoilé leur secret pour offrir la même résistance que le béton et l’acier : le « concrete jointed timber frame », une ossature de bois renforcée de béton armé dans les zones les plus critiques. D’après eux, cette structure serait aussi solide que l’acier, tout en étant plus légère, plus résistant au feu, le tout avec une empreinte carbone de 60 à 75% plus faible.

Partout dans le monde, portés par des architectes et des ingénieurs, les projets de construction de gratte-ciels en bois se multiplient. A Paris, la tour Baobab (35 étages culminant à 120 m de haut) de l’architecte canadien Michael Green, spécialiste des gratte-ciels en bois, n’a pas été retenue mais verra peut-être le jour dans un futur proche. A Vienne, qui accueille déjà la tour Bahnorama (65 m) depuis 2010 on attend nouveau gratte-ciel en bois encore plus haut (84 mètres), appelé Hoho, qui ne comprendra pas de logements mais un hôtel et des commerces.  

Le bois, matériau renouvelable par excellence, performant, moins cher et plus rapide à la construction repousse sans cesse ses limites et pourrait bien remplacer l’acier dans les constructions du futur. Une tendance à suivre et à soutenir.

Source Les Echos

Photo couverture Tour Hyperion © Jean-Paul Viguier & Associés