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L’urbex selon David de Rueda

L’urbex, de l’anglais « URBan EXploration », est un phénomène qui consiste à explorer des lieux, souvent désertés, difficiles d’accès et dont l’entrée est généralement interdite au public. Friches industrielles, entreprises ou bâtiments public désaffectés, sousterrains … autant de lieux qui attirent les nouveaux explorateurs en quête d’images, de style « reportage » ou à dimension plus « artistique ». David de Rueda, photographe autodidacte franco-allemand né en 1987 à Poitiers, est un des pionniers de l’urbex (il crée en 2007 son site urbex.fr) qui a su voir et nous communiquer la beauté intemporelle et figée de ces lieux oubliés.

Depuis sa première expédition, David de Rueda a exploré des centaines de sites : anciens bunkers sur la côte Atlantique, centrales nucléaires fantômes, casinos désaffectés, usines, hôpitaux et toute une série d’hôtels abandonnés dans toute l’Europe. Il se dégage de ses photos une extrême poésie mais aussi un mystère : les fantômes des anciens occupants semblent planer dans les espaces désertés. Ces lieux sont présentés comme des mondes parallèles, où le temps s’est figé. Une dimension hors du temps et de la réalité, pourtant si proche. David de Rueda construit des images fortes, faisant écho à l’architecture des lieux, où l’espace est le principal sujet.

Le projet Nikon Spotlight « Abandoned Places » met l’urbex à l’honneur

Cette initiative lancée par Nikon a pour but de mettre en lumière les photographes qui, d’une façon ou d’une autre, repoussent les limites de la photographie. Des artistes qui apportent une perspective particulière à leur travail et dont l’objectif est de prendre des photos inédites afin de faire du projet photographique de leurs rêves une réalité. David de Rueda a été choisi pour son aptitude exceptionnelle à figer la beauté esthétique de bâtiments en ruines. Au cours d’un périple de six semaines, l’explorateur urbain a parcouru neuf pays d‘Europe à la recherche de ces vestiges du passé récent, en privilégiant la période de la Guerre Froide et la découverte du cœur de l’ancienne Union Soviétique. Une magnifique série baptisée The Line présente le fruit de ces explorations : de l’épave d’un Douglas DC-3 aux engins spatiaux soviétiques oubliés, en passant par Tchernobyl ou encore une station radar italienne. L’intégralité de la série est à découvrir sur le site de l’artiste.

Frozen Star

« Cette station radar abandonnée se trouve dans les montagnes italiennes. Après près de trois heures de marche dans 50 cm de neige, nous avons atteint ces immenses antennes gelées. Pleine lune, ciel dégagé, neige omniprésente : l’atmosphère était irréelle. J’ai voulu créer quelque chose de post-apocalyptique, perdu au milieu de nulle part. »

Urbex David de Rueda station radar abandonnée dans les Alpes italiennes

Frozen Stars. The Line. Nikon Spotlight : Abandoned Places.

The Mothership

« Linnahall est une ancienne salle de concert à Tallinn, en Estonie. Une exposition de deux minutes m’a permis de révéler l’architecture du lieu, habituellement plongé dans l’obscurité. Le cadrage centré confère à la photographie sa puissance, attirant le regard droit au centre. À mes yeux, on dirait un vaisseau spatial. »

Urbex David de Rueda Linahall à Tallinn en Estonie

The Mothership. The Line. Nikon Spotlight : Abandoned Places.

High Frequency

« Cette photo a été prise dans une centrale électrique expérimentale désaffectée près de Moscou, étroitement gardée par plusieurs chiens. Après une petite discussion pour tâcher de le persuader, le gardien nous a laissé entrer. Alors que le soleil se couchait, je n’ai eu que quelques minutes pour trouver le point de vue idéal. Un oiseau qui passait par là a ajouté une touche supplémentaire de poésie à la scène. »

Urbex David de Rueda centrale électrique expérimentale désaffectée près de Moscou

Hight Frequency. The Line. Nikon Spotlight : Abandoned Places.

Nuclear Fall

« Nous sommes à l’intérieur d’une tour de refroidissement d’une centrale nucléaire à Tchernobyl qui n’a jamais été achevée. Les tours de refroidissement sont impressionnantes vues de l’extérieur, mais plus encore depuis l’intérieur. Au milieu de cette architecture brute, mon personnage contemple la grandeur oubliée. »

Urbex David de Rueda Tour de refroidissement d'une centrale nucléaire à Tchernobyl

Nuclear Fall. The Line. Nikon Spotlight : Abandoned Places.

ChildDream

« Notre dernier jour à Pripyat. Au cours des trois derniers jours, je me suis demandé comment immortaliser la célèbre grande roue en adoptant un point de vue innovant et original. Par chance, mon souhait de voir tomber un peu de neige a été exaucé, créant une ambiance onirique qui a transformé Pripyat. Juché sur un toit à proximité de la roue, j’ai finalement pu prendre la photo que je voulais. »

Urbex David de Rueda grande roue de Pripyat

Child Dream. The Line. Nikon Spotlight : Abandoned Places.

Don’t Fall

« J’ai découvert cette étrange structure près de Sofia, en Bulgarie. Le bâtiment paraissait vouloir m’aspirer. Avec cette photo, j’ai voulu exprimer quelque chose d’impossible, à l’instar des œuvres d’Escher. »

Urbex David de Rueda bâtiment près de Sofia en Bulgarie

Dont’ Fall. The Line. Nikon Spotlight : Abandoned Places.

Lost in Space

« Cette photo est le fruit d’un trajet en voiture de 180 kilomètres en plein désert du Kazakhstan, suivis de 45 kilomètres de marche dans une zone à l’accès fortement réglementé. À notre arrivée, elles nous attendaient : deux reliques soviétiques de la conquête de l’espace dans un immense hangar abandonné. C’est peut-être la scène la plus épique qu’il m’ait été donné de voir depuis que j’utilise un appareil photo. »

Urbex David de Ruedanavette spatiales soviétiques abandonnées

Lost in Space. The Line. Nikon Spotlight : Abandoned Places.

Photos © David de Rueda. Photo principale : Another World. Usine automobile, Michigan, 2013