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La petite histoire de La Grande Motte

On adore ou on déteste mais le moins que l’on puisse dire c’est que la Grande Motte ne laisse pas indifférent. Fruit de l’imagination de l’architecte-philosophe, Jean Balladur, cette cité utopique sortie du sable dans les années 60 est aujourd’hui labellisée « Patrimoine du XX° siècle ». Retour sur ce projet pharaonique qui fait toujours débat. 

Une architecture empreinte de philosophie

A l’aube des 30 glorieuses, le niveau de vie des Français augmente et les vacances se démocratisent. Le tourisme de masse se développe et pour retenir les français qui partaient en Espagne, le général de Gaulle lance à partir de 1963, un vaste programme de développement sur le littoral du Languedoc-Roussillon. Le projet pilote « Grande-Motte » est initié.

Les architectes de la Grande Motte

Jean Balladur et ses collaborateurs languedociens Paul Gineste et Pierre Dezeuze © Photo Bob Schiphorst.

C’est l’architecte Jean Balladur qui est chargé de ce projet. Conscient de la difficulté de créer une ville sans histoire ni passé, il pense La Grande Motte de façon « globale » comme Brasilia d’Oscar Niemeyer ou encore Chandigarh imaginée par Le Corbusier. A La Grande Motte tout, du plan d’implantation à l’architecture, est contraste et complément. Jean Balladur a carte blanche et son architecture avant-gardiste s’inspire à la fois des pyramides pré-colombiennes de Téotihuacan et du dialogue entre le Yin et le Yang. La dualité est le fil conducteur au travail de l’architecte. Le vide des espaces publics fait écho au plein des constructions comme la minéralité du béton au végétal des espaces verts. Le rouge des sculptures répond au blanc des immeubles… partout les contraires s’harmonisent.

Architecture de la Grande Motte

Vue aérienne partielle du quartier du Couchant.

Fidèle à l’un de ses thèmes favoris « Le dedans et le dehors », il oriente les façades perpendiculairement au littoral pour doubler le nombre d’appartements ayant vue sur mer et incline les appartements à 60° pour les équiper de terrasses ou de loggias. Pour donner une âme à sa ville nouvelle et lui conférer une densité historique, il va parsemer la Grande Motte d’œuvres symboliques réalisées directement sur le terrain par des artistes : la passerelle des Lampadophores, les deux sculptures fontaines de la place de l’Homme, la Dame de la Motte devant le bassin de la pyramide Delta et le labyrinthe initiatique de la place du 1er octobre 1974.

Le port est inauguré en juillet 1967 et en octobre, De Gaulle vient visiter le chantier. Les premières pyramides sortent de terre et la Grande Motte devient rapidement une des destinations les plus fréquentées de la côte méditerranéenne. Reconnaissance ultime l’œuvre urbaine de Jean Ballabur, a obtenu, en 2010, la label « Patrimoine du XXe siècle » accordé par le Ministère de La Culture. Ce label créé en 2001 a pour objectif de susciter l’intérêt du public sur les constructions et ensembles urbains majeurs du XXe siècle construits entre 1900 et 1975. La Grande Motte est le seul ensemble urbain en France de cette taille à avoir reçu ce label national.

Architecture la Grande Motte

Détail résidence Le Palm Beach conçue par Paul d’Outreligne.

Architecture de La Grande Motte

Détail balcons résidence Babylone.

Avec l‘évolution de la société et le retour à un tourisme plus qualitatif, la Grande-Motte a peu à peu perdu son statut de station touristique de masse même si l’originalité de son concept attire toujours plus de 2 millions de touristes chaque année. Englobée dans la « grande banlieue » montpelliéraine, La Grande-Motte compte aujourd’hui environ 10.000 habitants à l’année et en abrite plus de 120.000 en été. Finalement, au grès de l’éternel retour des modes, Jean Balladur est arrivé à imposer son dessein : faire de La Grande Motte une ville durable.

La Grande Motte jugée par les architectes

Tous les renseignements complémentaires et visites de la Grande Motte. 

Photos © OT Grande Motte.